Les rouges affichent d’élégantes notes fumées, les blancs une belle salinité. La typicité des vins issus de terroirs volcaniques est de plus en plus recherchée par les connaisseurs. Et constitue un redoutable argument commercial pour ses vignerons.
En témoigne le succès de l’association Loire Volcanique. Fondée en 2019, elle réunit au départ une poignée de producteurs, tous ligériens, tous établis en altitude mais pénalisés par un déficit d’image qu’ils entendent combattre sous une bannière commune.
Il y a là Stéphane Sérol et Romain Paire de la Côte Roannaise, Jean Teissèdre de Saint-Pourçain, Gilles Bonnefoy des Côtes du Forez, Benoît Montel des Côtes d’Auvergne et une douzaine d’autres. Ils se regroupent sous le nom de Loire Volcanique. Le succès aidant, l’association grossit au fil des ans et les voilà aujourd’hui une cinquantaine, très présents sur les salons professionnels.
Sauf qu’entre-temps, une autre association, créée en 2019 elle aussi, s’est mis en tête de défendre les vins volcaniques. Avec une démarche scientifique.
Cousinades
Chez Vinora, c’est son nom, on ne badine pas avec le terme “volcanique”. Après quatre ans d’études scientifiques, de dégustations comparatives, de concertations et de mises au point techniques, l’association a officiellement déposé un label, Volcanic Origin. Une trentaine de domaines français et étrangers ont déjà fait la démarche de labellisation qui ne s’appose que par cuvée.
En France, on retrouve des parcelles d’origine volcanique sur sept vignobles en Alsace (Rangen Grand cru), Ardèche, Côtes d’Auvergne, Côtes du Forez, Brouilly, Pézenas et Coteaux d’Aix-en-Provence. Pour être labellisée, une cuvée doit obtenir la reconnaissance de sols volcaniques, de zéro intrant géologique ou volcanique ajouté, une traçabilité totale des parcelles et du raisin et une validation scientifique du terroir. « Ce n’est pas un label de plus, mais un label qui manquait », assure son président, Jean-Baptiste Deroche, œnologue-vigneron au pied du massif du Sancy.
Pour son label, Vinora voit grand, et surtout loin. L’association organise déjà des “cousinades” avec des vignerons de Hongrie, de Sicile, de Grèce et même bientôt de l’Oregon, aux États-Unis. Ce mouvement projette de passer de 20 000 bouteilles labellisées aujourd’hui à 500 000 dans six mois, soit une centaine de domaines. Elle espère surtout toucher des amateurs de vin curieux, plus intéressés par les qualités sensorielles et organoleptiques que par l’appellation et le cépage.
On devine le problème : si les deux associations se défendent d’être en conflit, elles ne partagent pas la même définition du volcanisme. Pour les scientifiques de Vinora, « moins de 15 % des adhérents de Loire Volcanique » sont éligibles à leur label. Autrement dit, 85 % d’entre eux n’ont rien à voir avec les volcans. « Nous défendons le volcanisme, garantissons l’adn des domaines, et évitons tout amalgame de la part des consommateurs », jure Jean-Baptiste Deroche, qui se défend de vouloir faire du business tout en précisant : « Les adhérents de Loire volcanique sont les bienvenus s’ils souhaitent entreprendre la démarche de labellisation ».
Pas d’amalgame !
En face, Loire Volcanique se défend, elle aussi, de tout amalgame et assure ne pas revendiquer à tout prix le “volcanisme” de ses adhérents, implantés en Auvergne, Forez mais aussi en Roannais et à Saint-Pourçain, assez loin de la chaîne des Puys. « Ce que nous mettons en avant, c’est la notion de terroir qui va plus loin que la composition du sol, explique Stéphane Sérol, qui souligne son bilan. « Il y a vingt ans, personne ne savait nous situer sur une carte. C’est la renaissance et la reconnaissance de nos vignobles que nous cherchons, les jeunes qui veulent s’installer en bénéficieront », poursuit-il.
Les deux parties pourraient en rester là. Sauf que Vinora vient de recevoir le soutien du syndicat des Côtes d’Auvergne, pour qui le système de labélisation bénéficiera d’abord aux producteurs auvergnats. Selon son président, Gilles Vidal, le vignoble pourrait passer de 350 à 700 hectares et favoriser la création de 35 nouvelles exploitations. « On veut nous enfermer dans une guéguerre de personne, nous n’irons pas sur ce terrain-là », tempère Pierre Desprats. Jusqu’à quand ?